Interview 25.06.2015

Conférence sur les territoires en "décroissance", 3 questions à J.-L. Dumont

J.-L. Dumont, président de l'Union sociale pour l'habitat, revient sur les ambitions de la journée du Creusot : mettre en débat les concepts de "territoires détendus", "territoires en décroissance" et montrer les initiatives nombreuses des Hlm déjà à l’œuvre pour offrir un avenir à ces territoires.

J.-L. Dumont, (USH) en présence d'A. Cacheux (OPH), D. Rambaud (FNAR), M.-N. Lienemann (COOP) et C. Baffy (ESH)

Quelle appréciation portez-vous sur la conférence qui vient de se tenir au Creusot ?

Jean-Louis Dumont : La conférence qui vient de s’achever au Creusot est à mes yeux un indéniable succès. Elle marque le besoin qu’ont les organismes en territoires dit "en décroissance" d’être entendus, de faire connaître leurs actions, leur engagement aux côtés des collectivités locales. C’est remarquable.
L’Union sociale pour l'habitat a voulu par cette initiative fédérer les énergies, les initiatives, les volontés, autour de cette question de la "décroissance". Un travail existait déjà au sein de nos fédérations, mais au Creusot, le Mouvement Hlm dans la diversité de ses familles est venu parler à plusieurs voix, de ces territoires dits "détendus".
 
Territoires détendus ?

J.-L. Dumont : Je n’aime pas ce mot. Et de nombreux participants ont d’ailleurs souligné que, comme "décroissance", il ne reflétait pas la réalité. Faut-il dire territoires en mutation ? Territoires à reconquérir ? Territoires en rebond ? Je ne sais pas encore, mais je voudrais que l’on rompe avec une vision manichéenne : d’un côté, les territoires tendus qui attirent toutes les attentions, de l’autre, les territoires détendus devant lesquels on tourne le regard, comme si il ne s’y passait rien, comme s’ils n’avaient plus d’avenir.

Les Hlm ont accompagné la croissance des Trente glorieuses, l’essor économique, l’industrialisation du pays. Ils ont permis l’accueil des populations nouvelles. Ce patrimoine est intimement lié à l’industrialisation, à la croissance. Et s’il est aujourd’hui en décalage avec les aspirations des habitants, avec les marchés du logement, avec ceux de l’emploi, avec l’âge des habitants, si nos organismes Hlm ont les difficultés liées à ce décalage, ils sont aussi totalement inventifs, mobilisés pour construire un nouveau modèle, pour intégrer, dès maintenant, dans leurs démarches les enjeux des transitions énergétique, mais aussi démographiques. Portés par les habitants, ils préparent des villes et des bourgs d’une autre nature, plus écologiques, plus numériques, plus solidaires, plus agiles, plus réactifs.

De cette période de mondialisation, de crise sociale et économique nos territoires ressortiront fondamentalement changés. Je ne sais pas toujours si l’État en a pris la mesure, mais je suis sûr que le Mouvement Hlm, lui, est déjà mobilisé.
 
Aujourd’hui, quelles sont les propositions de l’Union sociale pour l'habitat pour ces territoires ?

J.-L. Dumont : Nos travaux ont formulé des pistes. Nous allons consolider ce travail. Des associations régionales préparent un Manifeste sur ce thème. Nous devons faire converger nos propositions et en débattre au Congrès où nous devons faire entendre à l’État la nécessité de faire preuve de  souplesse et d’intelligence par exemple dans la méthode de programmation des aides de l’Etat.  Il ne s’agit pas ici de se satisfaire d’une grille d’analyse des territoires, qui comme une cote mal taillée ne laisserait "passer" une aide de l’État que pour les métropoles.  Il s’agit aujourd’hui de repenser totalement la façon dont collectivement, on s’empare de la question de l’avenir de ces bourgs et de ces petites villes, dont collectivement on construit un projet pour ces lieux de vie.

Il faut se poser des questions d’aménagement du territoire, non pas comme dans les années 1950-1960 en termes d’infrastructures et de pôles d’équilibre, mais bien en termes de prospective, de projet partagé de société : quelle est la bonne "distance" pour construire avec nos concitoyens un service de qualité, réactif, des innovations sociales et techniques adaptées, une offre adaptée à leurs besoins ?

Notre proximité, notre diversité dans ces territoires, notre histoire commune est une richesse énorme, nous allons le dire.