Logements accompagnés : les solutions sur mesure des organismes Hlm

Avec 119 dossiers déposés, l’appel à projets 2014 connaît un franc succès. Béatrix Mora, directrice du service des Politiques urbaines et sociales, revient sur la pertinence des dossiers et sur la portée d’un tel chantier conduit de manière partenariale entre organismes Hlm et associations locales.

Béatrix Mora, directrice du service Politiques urbaines et sociales à l'USH © T.Gogny/USH

// Combien de projets avez-vous reçus et examinés ? Quels sont ceux qui vous ont marqué ? Quel regard d’ensemble portez-vous sur ces projets ?

La première session de l’appel à projets lancé au cours du premier trimestre 2014 a permis la remontée de 39 dossiers dont 28 ont été retenus par le comité de sélection. Ils représentent 900 ménages accompagnés. Pour la deuxième session, qui s’est clôturée le 15 octobre dernier, 80 dossiers ont été enregistrés.

Les dossiers retenus visent à la fois l’accès et le maintien dans le logement pour insérer durablement les ménages concernés dans le logement Hlm ordinaire. Les projets peuvent porter sur l’ensemble des publics cumulant des fragilités ou cibler plus spécifiquement un public (personnes souffrant de troubles de santé mentale, personnes victimes de violences conjugales, jeunes en difficultés, sortants de prisons, personnes à la rue, etc.).

Visant à organiser des réponses adaptées aux besoins spécifiques de différentes catégories de ménages rencontrant des difficultés, les projets sont diversifiés dans leur forme, contenu, taille et modes de financement. Pour la plupart, ces projets sont co-construits par les organismes et des associations révélant un partenariat solide et inscrit dans la durée.

Je citerai trois projets qui illustrent les types de solutions que l’appel à projets souhaite promouvoir :

  • un organisme combine accompagnement individuel, accompagnement collectif et travail sur l’image de la résidence pour maintenir des ménages en grande difficulté dans un cadre qui soit porteur d’une dynamique d’insertion ;
  • un organisme met en place un accompagnement renforcé et mobilisable en discontinu en tant que de besoin pour stabiliser des ménages dans leur logement avec des statuts éventuellement évolutifs (par exemple de la sous location au bail direct) ;
  • un autre projet consiste, pour accueillir des sortants de prison et des personnes à la rue, à compléter l’accompagnement individuel du ménage par un dispositif de médiation visant à faciliter son intégration dans le voisinage de proximité.

// Comment expliquer le succès de l’appel à projets ?

Les organismes doivent mettre en place des solutions sur mesure, tant en matière d’offre que d’approche de la gestion locative et de l’accompagnement parce qu’ils sont de plus en plus confrontés à des situations complexes et à des parcours chaotiques, qu’il s’agisse à la fois des demandeurs ou de leurs locataires.

Pour cela, ils mobilisent des savoir-faire complémentaires dans le réseau associatif tout en faisant évoluer leurs pratiques internes et en professionnalisant leurs propres équipes. L’accueil de certaines catégories de publics les amène à développer de nouveaux partenariats avec des associations très spécialisées, notamment dans le champ du médico-social. Ce sont toutes ces démarches que l’appel à projets soutient, avec une grande souplesse, ce qui permet de prendre en compte la diversité des pratiques, des initiatives et la spécificité des certains besoins.

Enfin, l’appel à projets est révélateur de "manques" au niveau local pour traiter certaines situations "à la marge" des dispositifs existants (santé, justice, aide sociale à l’enfance, urgence…), ou de la difficulté de "chaîner" ces dispositifs.    

// Que traduit-il de l’état actuel de la société française et du rôle des Hlm ?

La précarisation croissante d’une fraction de la population se manifeste dans l’évolution des caractéristiques de la demande en logement social et la fragilisation économique, sociale et familiale des locataires déjà logés. Les ménages en rupture avec les institutions et les acteurs sociaux de droit commun sont de plus en plus nombreux. Les réponses apportées par les structures d’accueil temporaire ne suffisent plus. Il faut à la fois fluidifier les sorties de ces structures vers le parc social et organiser des réponses pour l’accès direct de ces ménages au parc Hlm ordinaire. Le parc social tant quantitativement que qualitativement doit pouvoir répondre à un éventail de plus en plus large de besoins depuis les personnes à la rue jusqu’aux ménages actifs modestes, tout en préservant des équilibres au sein des territoires et en organisant une bonne cohabitation entre les différentes catégories de ménages accueillis. Ces évolutions ont un impact important sur les missions, les métiers et les organisations des organismes Hlm.