Cap Hlm 24.02.2016

Pourquoi il est essentiel de participer au projet Cap Hlm

Le point de vue de Frédéric Paul, Délégué général de l'Union sociale pour l'habitat.

Frédéric Paul, délégué général de l'Union sociale pour l'habitat

Depuis une dizaine d’année, la France s’est enfoncée dans la crise. Le traditionnel cycle économique ne s’est pas retourné. La reprise ne vient pas. Les cycles en effet ne fonctionnent plus. La mondialisation a joué à plein. Le modèle européen aussi qui a fait le choix du dumping fiscal et social entre les pays membres, choix que nos gouvernements nationaux n’ont pas contesté. Notre modèle social, quant à lui, bien que fissuré, a globalement tenu bon. Mais un chômage chronique, un appauvrissement massif d’une part importante de la classe moyenne semblent s’être durablement installés. Les finances publiques sont exsangues. Des écarts entre les territoires sont apparus. La crise du logement persiste, plus dure pour les plus fragiles.

Nous avions été construits sur la perspective du progrès social, des parcours professionnels et résidentiels positifs assurant la mixité, la qualité des logements, la mobilité, la possibilité pour les locataires Hlm d’accéder à la propriété, dans un contexte de financements publics généreux.

Ce dispositif est confronté à de nouvelles réalités. D’autant que la culture de l’opinion a également changé. Sur fond d’amertume et de désillusion pour un grand nombre, elle exige de la transparence, le respect des règles du jeu, notamment de la part des acteurs publics. Elle supporte de moins en moins les avantages, à ses yeux injustifiés, dont bénéficieraient certains.

La situation du pays serait due à l’existence de trop nombreux facteurs de rigidité. Particulièrement dans le monde du travail. On verra à l’examen des enquêtes réalisées qu’une vision similaire n’est pas loin de se dessiner pour les Hlm. Il suffirait donc de déréguler profondément le logement social pour régler les questions de l’accès au logement pour tous ? Certes non. Cependant ne faut-il engager certaines évolutions, lever certains blocages ?

L’interrogation essentielle consiste à se demander sur quels points notre exercice professionnel, les conditions de cet exercice, nos pratiques doivent évoluer ? On nous le demande.

Nous ne sommes pas inattentifs à comprendre les changements. Dans le cadre du Congrès de Lyon, nous avons abordé la question de la charge logement pour les locataires et expliqué que le logement est trop cher. A Montpellier, nous avons examiné les mutations à l’œuvre dans la société. Le moment est venu d’en tirer les conséquences.

Le Mouvement Hlm est un acteur puissant, militant, habité par l’enjeu d’intérêt général du logement social. Il sait que le logement social est un sujet de long terme et qu’il est pour la partie de l’Etat en charge des finances publiques un objet permanent de convoitises court-termistes. Mais le Mouvement Hlm est tellement habité par la cause qu’il porte qu’il a parfois tendance à ne pas envisager facilement les remises en causes. Le travail sur le projet est donc probablement aussi un travail sur nous-même.

L’enquête réalisée auprès du public, auprès des leaders d’opinion nous offre la possibilité d’orienter notre avenir. La question est celle de notre utilité. Et cette utilité se mesurera à la réponse aux questions suivantes : sommes-nous en phase avec les attentes et les réalités de la société ? Dans quelles conditions pouvons-nous l’être davantage encore ?

Les résultats des enquêtes réalisées ouvrent les pistes de travail. Il faut prendre ce qui est dit tel quel. A ce stade de la réflexion et de la construction du projet, certains parmi nous peuvent penser à juste titre d’ailleurs que les réalités ne sont pas exactement celles qui sont prononcées par les personnes interrogées ou qu’elles ne sont pas si simples. Partons tout de même de ce que ces personnes ont dit.

  • Sur les questions liées aux attributions, les appréciations apparaissent sévères. Les attributions de logements sociaux sont perçues comme opaques. La mobilité est en panne. Les Hlm ne tiennent plus la promesse de la mobilité. Les Hlm seraient soit un cul-de-sac, soit un lieu de rente.
  • Le modèle de nos relations avec les locataires est le même depuis longtemps : leur place dans le fonctionnement des structures, la gouvernance, les perspectives ouvertes par le numérique sont des sujets de travail.
  • La production nouvelle est devenue trop chère. Nos actions en faveur d’un meilleur financement, contre l’excès des règles et de la réglementation sont nécessaires. Certains choix qui pèsent sur le prix ne dépendent-ils pas de nous: surfaces des logements, marges locales ? Une vision, plus forte encore, de l’accession sociale ne doit-elle pas être pensée et développée autour de la réponse aux attentes de mobilité et de la perspective pour les locataires qui le demandent, de devenir accédants.
  • Les quartiers sont un sujet de pessimisme profond. Ils sont vus comme isolés, enclavés, pauvres. Ils le resteront, dit-on. Les quartiers sont une partie de nous-mêmes. La production d’aujourd’hui n’efface pas le patrimoine d’hier… ni les personnes qui y habitent. Si la perspective est aussi sombre, un discours et des actions nouvelles ne doivent-ils pas être imaginés. Les personnes interrogées font la part des choses. Ils situent ce qui incombe aux Hlm et ce qui relève de la responsabilité des autres acteurs. Ne faut-il pas en parler plus fort ?
  • Au plan institutionnel, comment garantir que le Mouvement soit davantage irrigué par les idées, les apports, les propositions des parties prenantes, de notre environnement ?
  • Les besoins d’habitat de la société française ont évolué. Le Mouvement Hlm est un opérateur performant, présent sur tout le territoire, riche de ses savoir-faire, du nombre des organismes et de la diversité de leur culture. Mais cet ensemble est essentiellement au service du patrimoine Hlm et de la production sociale neuve. D’autres besoins sont apparus par exemple dans le parc privé, l’accompagnement, les copropriétés en difficulté, le développement économique... Les organismes Hlm n’ont-ils pas là une perspective de renforcement de leur rôle ?
  • La question de la transition énergétique et climatique fait partie des rares domaines où des anticipations positives sont exprimées. Elle renvoie à l’innovation, à la responsabilisation, à l’exemplarité et à la participation citoyenne. Comment, au-delà de l’ACTE Hlm, notre Mouvement contribue à ces enjeux sociétaux et en fait un levier de renforcement de son utilité ?

 

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Frédéric Paul
Délégué général de l'Union sociale pour l'habitat