21.02.2017

Le “logement abordable”, un défi pour l’Europe

La crise de 2008 a montré que la hausse des prix de l’immobilier et son effet prétendument stimulant pour la consommation, la croissance et toute l’économie, a accéléré l’accroissement des inégalités et s’est avérée contre-productif au plan économique.

L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) commence d’ailleurs à mesurer l’ampleur des dégâts sociaux de cette inflation immobilière et vient de mettre en ligne sur son site internet une base de données sur les questions de logement dans ses trente-cinq pays membres dont Le Monde fait état (article dans son intégralité réservé aux abonnés).

“Nous nous sommes focalisés sur la notion de “logement abordable”, c’est-à-dire accessible aux plus modestes et aux classes moyennes, un enjeu central dans la réduction des inégalités et de la pauvreté”, explique Alice Pittini, économiste pour l’OCDE.

Pour Laurent Ghekiere, qui représente, auprès de l’Union européenne, les organismes Hlm français réunis au sein de l’Union sociale pour l’habitat, “il y a une vraie prise de conscience des Etats membres de la nécessité de développer le “logement abordable” ou social”.

La part des dépenses consacrée par les foyers à leur logement (loyer, crédit, charges…) a augmenté passant de 22,9 % du budget des ménages en 2013, contre 20,3 % en 2000, à l’échelle de l’OCDE. La France figure parmi les pays où ce niveau est le plus élevé (26,7 % en 2013 contre 23,2 % en 2000).

Autre constat, un nombre croissant d’habitants sacrifient plus de 40 % de leurs revenus au logement, atteignant donc un “coût excessif”, selon la norme internationale. Dans les pays de l’OCDE, 15 % des locataires et 10 % des propriétaires avec un prêt en cours sont dans cette situation (en France, 20 % des locataires des classes moyennes et 29,4 % des propriétaires).

Les économistes de l’OCDE analysent aussi les politiques publiques du logement dans chaque pays (système fiscal, aides, incitations…).

Le Royaume-Uni et la France sont les pays les plus dépensiers en allocations logement versées aux occupants (respectivement 1,41 % et 0,82 % de leur produit intérieur brut). Toutefois, Manuel Domergue de la Fondation Abbé-Pierre, relativise : “La France dépense certes beaucoup [plus de 40 milliards d’euros], mais les taxes [taxes foncières, droits de mutation…] sur le logement rapportent 65 milliards d’euros, ce qui montre que l’aide au logement est rentable”.

De plus en plus de pays se posent la question de réguler les loyers pour endiguer leur dérive, certains y ayant déjà eu recours.

Pour aider les ménages à devenir propriétaires, de nombreux pays de l’OCDE ont également mis en place des systèmes de déduction fiscale des intérêts de l’emprunt.

Le logement social est un puissant levier de l’action publique. Partout, à l’exception de la France et de l’Autriche, l’érosion du parc locatif social est à l’œuvre. Le cas le plus spectaculaire étant au Royaume-Uni qui en a compté 30 % en 1980, et 17,6 % seulement aujourd’hui.

Un parc trop important de logements sociaux déplaît à la Commission européenne : "Les bailleurs sociaux d’Europe ont du mal à faire admettre à la commission de la concurrence, à Bruxelles, qu’un parc social ouvert à une grande part de la population permet la mixité et n’est pas anti-concurrentiel", confie M. Ghekiere.

Un signe tangible et inquiétant du mal-logement est le nombre de sans-domicile qui ne cesse d’augmenter depuis la crise économique de 2008.

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