Innovation 05.02.2016

"Réinventer Paris"

Fin 2014, la Mairie de Paris avait lancé un concours "Réinventer Paris" qui consistait pour les participants à proposer des "projets urbains innovants" pour 23 sites identifiés préalablement. Certains sites devaient accueillir un minimum de logements sociaux.

La Mairie de Paris a dévoilé, le 3 février, la liste des gagnants de ce concours. Sur les 650 dossiers admis à concourir, 75 candidats ont passé les oraux le mois dernier. Point commun des 22 lauréats : l’omniprésence des bâtiments "hybrides" et des espaces verts. Le Monde revient en détail sur ces projets. 

On trouve de tout dans la liste de ces 22 lieux parisiens à "réinventer" : quelques édifices protégés, des friches industrielles, des terrains vagues, des bouts de trottoir, d’anciennes gares, des logements et bureaux défraîchis, et même deux franges du périphérique.

L’originalité du concours est aussi d’avoir exigé que chaque équipe candidate rassemble des professionnels venus d’horizons divers (architectes, promoteurs, paysagistes, programmateurs, spécialistes de l’écologie…), afin de "décloisonner les compétences". Et d’avoir intégré au sein des jurys des personnalités n’appartenant pas au sérail de l’architecture, comme le mathématicien Cédric Villani, l’anthropologue Michèle Baussant ou le microbiologiste Dickson Despommier.

ICF Habitat La Sablière a répondu à l’appel à projets et est lauréate pour "la Serre Habitée", rue Piat (20e arrondissement). Pour réinventer Paris, ICF Habitat La Sablière a réuni une équipe pluridisciplinaire pour réinterroger ses habitudes et proposer une nouvelle forme d’habitat. La « Serre Habitée » est une résidence sociale destinée à de jeunes étudiants autour d’un concept de partage des usages qui prend le pas sur l’appropriation individuelle des espaces et donne une large place aux projets collaboratifs ouverts sur le quartier de Belleville. ICF Habitat La Sablière est également lauréate au sein du projet « Ilôt fertile ». Avec ces deux projets, ICF Habitat La Sablière produira 50 % des logements sociaux qui seront créés dans le cadre de ce concours.

La Serre Habitée est innovante à plusieurs titres. La démarche est participative avec le regard d’étudiants architectes de l’ENSA-Paris-Belleville qui ont déjà travaillé sur les principes conducteurs du projet et qui vont maintenant pouvoir accompagner sa réalisation dans le cadre de leurs études.
Le projet est durable, par le choix des modes constructifs, des matériaux bio-sourcés, l’usage d’énergies renouvelables. C’est également un projet évolutif puisque tous les espaces conçus par l’architecte Vincent Saulier pour la colocation pourront facilement être transformés en logements familiaux pour s’adapter aux évolutions des besoins.
Enfin, c’est un projet de vie solidaire, géré par l’ALJT, avec une large place donnée aux espaces partagés entre colocataires, des espaces polyvalents ouverts aux associations et producteurs du quartier et un laboratoire d’agriculture urbaine.
De la co-conception à l’auto-gestion, des solidarités locales à l’agriculture urbaine, la recherche d’innovation a enthousiasmé l’équipe qui est maintenant impatiente de concrétiser le projet.

D’autres projets se révèlent intéressants.

L’immeuble du "Boulevard Morland", dont les 17 étages et les 40 000 m² ont abrité la Préfecture de Paris jusqu’en 1964, puis des services de la mairie, accueillera commerces, équipements sportifs, logements, hôtel, bureaux, crèche, auberge, centre culturel, bar panoramique, restaurant, ainsi que 3 000 mètres carrés de cultures maraîchères. "Ce projet exprime une volonté d’aller vers des bâtiments hybrides, avec de nombreux espaces collectifs. L’idée est aussi de privilégier des aménagements réversibles : les bureaux pourront devenir des logements et vice versa", précise l’adjoint au maire de Paris chargé de l’urbanisme, Jean-Louis Missika.

Potagers, jardins partagés, surfaces arborées et autres murs végétalisés : des espaces verts recouvrent la plupart des projets sélectionnés. L’importance accordée au bois comme matériau de construction et la priorité donnée aux bâtiments économes en énergie complètent ce souci environnemental. "Au total, 26 300 m² seront plantés, indique la maire de Paris, Anne Hidalgo. Nous répondons ainsi au souhait des Parisiens, qui réclament une ville plus verte."

La palme du projet le plus "écolo" revient à la réhabilitation de la gare Masséna, dans le 13e arrondissement : la Mairie promet un site de production agricole et de restauration bio, doublé d’un lieu de réflexion sur l’agriculture du futur. Surplombée d’une tour en bois, la gare est aussi appelée à devenir un lieu de fête pour les habitants du quartier.

Dans un style radicalement différent, mais également empreint de préoccupations écologiques, le projet "Mille arbres" s’annonce comme la réussite majeure du concours. Bâti au-dessus du périphérique, au niveau du boulevard Pershing, ce bâtiment élancé et futuriste reliera la porte Maillot, dans le 17e arrondissement, à Neuilly. Il porte la marque du Japonais Sou Fujimoto, artiste autant qu’architecte, qui a voulu planter un millier d’arbres sur les sept étages de l’immeuble. Suivant une structure en mille-feuilles, il accueillera sur son toit un village de maisons individuelles, un restaurant et un potager ouvert au public. En dessous est prévu un étage de logements, puis un autre de bureaux. Pour se rendre de l’autre côté du périphérique, les passants auront le choix entre traverser un parc ou emprunter une "rue gourmande".

Ce concours se voulait novateur : "D’habitude, promoteurs et architectes sont soumis à un cahier des charges drastique, qui les bride. Cette fois-ci, une grande liberté a été donnée aux créateurs, ce qui a permis un fourmillement d’idées. Nous ne concevrons plus les prochaines ZAC de la même façon", promet Mme Hidalgo. Forte de ce succès, la Mairie de Paris lancera en mars "Réinventer La Seine", une opération similaire sur les territoires allant de Paris jusqu’au Havre. Et une deuxième édition de "Réinventer Paris" est d’ores et déjà évoquée à l’horizon 2017. En attendant, les projets des 75 finalistes sont exposés au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, du 4 février jusqu’au 8 mai 2016.

Sur le Web : www.reinventer.paris et www.pavillon-arsenal.com

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