Baromètre d’image 04.05.2012 Rédigé par Emmanuel Rivière

En découdre avec la crise du logement : une forte attente politique des Français

Le Baromètre d'image du Mouvement Hlm paru en avril montre que les attentes des Français vis-à-vis des politiques sont, sur les questions du logement et du logement social, plus fortes que jamais. L'analyse d'Emmanuel Rivière, Directeur de département Etude et Analyse de l'opinion de TNS Sofres.

Emmanuel Rivière - crédit : TNS Sofres

Le constat est tellement répété qu’il en devient presque banal : en cette année d’élections, les Français sont plus que jamais inquiets et fragilisés par la situation sociale et économique actuelle. Nos études mesurent quotidiennement le fort niveau des préoccupations à l’égard du chômage, du pouvoir d’achat, des inégalités… Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle est ravivée depuis 2008 par le déclenchement de la crise et son installation dans la durée et le quotidien des Français tandis que la période électorale actuelle, propice aux doutes et aux revendications, vient cristalliser ces préoccupations.

Une société plus fragmentée

Toutes nos études montrent depuis plusieurs années la forte progression de l’inquiétude liée à la précarisation, à la fois pour soi et pour ses proches. Cette peur du déclassement touche des catégories qui se croyaient autrefois à l’abri et la croyance en l’amélioration continue du niveau de vie n’est désormais plus qu’un souvenir. Beaucoup de Français pensent que leurs enfants vivront moins bien que la génération précédente et 75 % d’entre eux ont déjà le sentiment de vivre moins bien qu’avant. Et ce pessimisme sur sa situation personnelle n’est rien encore au regard de celui sur l’avenir de la France : les Français se montrent parmi les Européens les plus négatifs sur l’avenir de leur pays, constat sévère amplifié par la place grandissante prise par la dette dans le débat public et dans l’opinion.

A côté de ces préoccupations socio-économiques, les Français dressent aussi un portrait pessimiste de l’état de la société dans laquelle ils déplorent une montée de l’individualisme, de l’égoïsme et d’un manque de respect généralisé. Emerge ainsi l’idée de plus en plus forte d’une fragmentation de la société, fragmentation multiforme et notamment économique, avec le sentiment d’un fossé qui s’agrandit entre les nantis et plus démunis. Pour beaucoup ce sont même les conditions du vivre-ensemble dans la société française qui se trouvent interrogées.

La question du logement cristallise les inquiétudes

Le logement est à la croisée de ces différents enjeux car il cristallise à la fois ces préoccupations d’ordre économique – notamment parce que le logement constitue un poste de dépenses toujours plus important, en particulier pour les jeunes et les locataires – et les inquiétudes sur l’avenir du vivre-ensemble : une part de l’image dégradée du logement social, lieu de vie en commun, est sans doute à chercher dans cette perception de l’altération du sens collectif. Dans ce contexte de montée des inquiétudes, nos enquêtes réalisées dans cette période préélectorale montrent des Français qui sont particulièrement en demande de protection et de redistribution, des demandes qui atteignent des niveaux jamais atteints depuis plusieurs décennies et qui reflètent ce sentiment de fragilité accrue. Ces attentes touchent évidemment à la lutte contre le chômage, au traitement de la dette et des déficits, à la défense des services publics et à la santé, mais aussi – et de plus en plus – au logement.

Le logement, une forte attente politique

De fait, le logement constitue une attente récurrente des Français à l’égard des hommes politiques. A rebours d’une impuissance supposée du politique à faire changer les choses, 70 % des Français estiment ainsi que les hommes politiques ont les moyens d’améliorer la situation en matière de logement et une proportion similaire juge que cette thématique n’est pas assez évoquée dans la campagne présidentielle. Pourtant le logement devrait constituer une priorité de celle-ci pour une part non négligeable des Français (28 %) et particulièrement des plus concernés (41 % des 25-34 ans). Enfin, dans les priorités en la matière, le logement social apparaît en bonne place et ce, quels que soient l’âge, la situation professionnelle ou la situation vis-à-vis du logement des répondants, signe de l’importance que lui accordent les Français.

Plus précisément, le logement social est à la fois perçu comme "repoussoir", en tant que marqueur - parmi d’autres - d’un déclassement social dont l’éventualité inquiète un nombre grandissant de Français, mais aussi comme un filet de sécurité plus que jamais indispensable  et particulièrement nécessaire en période de crise et de difficultés socioéconomiques.  On note à cet égard que les Français expriment de fortes attentes à l’égard des Hlm et des organismes qui les gèrent : des logements sociaux plus nombreux, mieux intégrés aux villes et à destination de populations plus larges.

La dualité des perceptions attachées au logement social – crainte du déclassement d’une part, besoin de protection d’autre part - représente un défi important pour l’avenir : les Hlm ont naturellement pour vocation d’offrir une solution à moyen ou long terme à des familles qui, sans eux, auraient des difficultés à accéder à un logement approprié. Mais ils doivent être aussi une solution collective pour répondre à des préoccupations beaucoup plus larges en termes de fluidification du marché du logement, de mobilité sociale et plus largement d’amélioration du vivre-ensemble.